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16 MARS 2015 Apprendre à lire les étiquettes

La liste des ingrédients

Étudier la composition d'un produit est la seule façon d'apprécier réellement un cosmétique (bien plus exact et précis que la lecture d'un argumentaire ou d'un message publicitaire !). Mais la tâche n'est pas toujours si facile : il faut d'abord bien souvent se munir d'une bonne loupe. Il faut surtout ensuite savoir décoder son langage. Quelques clés pour mieux comprendre la liste des ingrédients...

Les fabricants ont l'obligation de déclarer sur l'étiquette de leurs produits les ingrédients qui les composent, de façon exhaustive et sous leur dénomination INCI (la nomenclature internationale - International Nomenclature of Cosmetic Ingredient), dans l'ordre décroissant de leur importance pondérale au moment de leur incorporation, et précédés du mot "Ingrédients".

L’INCI

La nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques a un intérêt énorme : elle répertorie toutes les matières premières présentes dans les produits d'hygiène et de beauté et leur attribue un nom unique et identique partout dans le monde. Un système indispensable et efficace pour savoir à quel ingrédient exactement on a affaire.

Mais le langage officiel peut sembler assez obscur. Les ingrédients cosmétiques sont ainsi désignés sous des appellations faites de mots latins, anglais, chimiques ou botaniques, que tous les consommateurs ne sont pas forcément à même de maîtriser au mieux. Qui soupçonne la présence d'un bon beurre de karité à la seule lecture de : Butyrospermum parkii ? Ou celle d'un agent hydratant de la peau devant un Caprylic/Capric triglyceride ? Sans parler de quelques pièges ou faux-amis, comme le classique Hydrogenated castor oil, qui n'est autre que de l'huile de... ricin hydrogénée.

Traduire une liste INCI en français demande déjà un bon dictionnaire... qui ne suffit pas toujours. À quoi sert en effet de savoir que le Benzophenone-3 est de l'oxybenzone, si on ne sait pas qu'il s'agit d'un filtre anti-UV ? Et qu'il fait partie des plus allergisants, soupçonné de plus de toxicité systémique pour l'organisme ? Bien sûr, ce n'est pas l'étiquette qui le dira. Pour être fixé sur ce point, chaque consommateur doit entreprendre une démarche de recherches personnelles, par exemple en consultant les nombreuses pages de ce site consacrées aux ingrédients.

L'ordre de la liste

Les composants les plus importants en poids ou en pourcentage sont donc notés en premier, ce qui signifie qu'un produit dont la liste commence par "Aqua" et/ou "Water" est composé en plus grande partie... d'eau.

Cela veut dire aussi qu'une crème "à l'huile d'argan" qui voit de la Paraffinum liquidum arriver en 2e position alors que l'Argania spinosa kernel oil ne figure qu'à la 6e ou 7e place comprend beaucoup plus d'huile minérale dérivée de la pétrochimie que d'huile d'argan végétale et naturelle... À savoir : en général, les 3 ou 4 premiers ingrédients de la liste constituent plus de 80 % du produit.

Le principe de la déclaration des ingrédients dans leur ordre décroissant d'importance est une règle... qui connaît des exceptions :
• La réglementation prévoit que les matières premières dont la concentration est inférieure à 1 % peuvent être mentionnées dans le désordre. En pratique, cela signifie qu'un actif dosé à 0,01 % peut être placé avant un solvant pesant 0,99 % du produit final... À noter que rien n'indique à quel moment la liste intègre ces composants : les pourcentages n'ont pas à être précisés. Les seuls repères qui peuvent aider à repérer où se situe la barre des 1 % proviennent de certains ingrédients, dont la concentration maximale autorisée est justement de 1 %, comme le Phenoxyethanol, par exemple...
• Pour les produits de maquillage, les colorants peuvent également être mentionnés dans le désordre, et après les autres ingrédients, quel que soit le pourcentage exact où ils sont présents dans le produit. Généralement, ils sont notés sous leur numéro "Colour Index", et apparaissent donc sous la forme des lettres CI suivies de 5 chiffres. CI 75100 désigne ainsi un colorant jaune. Ainsi, pour les gammes de maquillage existant en plusieurs nuances, l'ensemble des colorants utilisés dans la gamme (même s'ils ne sont pas tous présents dans le produit) peut être précisé entre crochets, à condition d'y ajouter les mots "Peut contenir" et/ou le symbole "+/-".

Les absents de la liste

Le principe de la déclaration exhaustive des composants souffre lui aussi quelques exceptions. Certains en effet ne sont pas considérés comme des ingrédients et peuvent donc ne pas figurer dans la liste, même si ce ne sont pas toujours ceux qui suscitent le moins de questions... La réglementation permet ainsi de passer sous silence 3 types de substances :
• les impuretés contenues dans les matières premières utilisées (parmi lesquelles on trouve quelques sources d'allergies...),
• les substances techniques subsidiaires utilisées lors de la fabrication mais ne se retrouvant pas dans la composition du produit fini (sauf éventuellement à l'état de traces...),
• les substances qui sont utilisées dans les quantités absolument indispensables en tant que solvants ou vecteurs de compositions parfumantes et aromatiques (dont les fameux phtalates, qu'on soupçonne toujours d'agir en perturbateurs endocriniens...).

Quelques répères

Les ingrédients végétaux
Ce sont des extraits de plantes, tirés de leurs racines, de leurs graines, de leurs feuilles, de leurs fruits…
Pour eux, l'appellation INCI se décompose ainsi : nom botanique de la plante (en latin) parfois suivi entre parenthèses de son nom commun anglais + partie de la plante (en anglais) + forme de l'extrait (en anglais).

Exemple : l'huile d'olive
• Nom botanique en latin : Olea europaea
• Nom commun anglais : Olive
• Partie de la plante : Fruit
• Forme de l'extrait : Oil (huile en anglais)
D'où une "Olea europaea (Olive) fruit oil" dans les listes d'ingrédients.

On reconnaîtra ainsi :
• une huile de graine de tournesol : Helianthus annuus (Sunflower) seed oil
• un extrait de feuille de romarin : Rosmarinus officinalis (Rosemary) leaf extract
• une poudre de jus de feuille d'aloé vera : Aloe barbadensis (Aloe vera) leaf juice powder
• un beurre de karité : Butyrospermum parkii (Shea) butter,
• une huile essentielle d'écorce d'orange douce : Citrus aurantium dulcis (Orange) peel oil,
• etc.

Les ingrédients animaux
En règle générale, c'est le nom latin qui est utilisé
• Mel : Miel,
• Cera alba : Cire (blanche) d'abeille,
• Lac : lait,
• Caprae lac : lait de chèvre,
• etc.

Mais on dit bien : en règle générale. Car par exemple, le lait d'ânesse est désigné par Donkey milk, et le yaourt par yogurt… en total anglais !

Les ingrédients minéraux
Pour eux, la règle est simple. Ils sont désignés par le nom "chimique" anglais de la substance, parfois le nom INN (International Nonproprietary Names : glossaire géré par l'OMS pour les substances actives pharmaceutiques).
Un dioxyde de titane (écran anti-UV) sera ainsi désigné sous l'appellation : Titanium dioxide.
Petite subtilité, si ce même dioxyde de titane est utilisé en tant que colorant (blanc), il est alors déclaré selon son "Color Index", par les lettres CI, suivies des 5 chiffres qui lui sont attribués : CI 77891. Cette forme est de rigueur pour tous les colorants, minéraux ou synthétiques.

Les ingrédients chimiques
Même règle que précédemment, c'est le nom chimique anglais de la substance qui prévaut.
C'est le cas par exemple pour l'acide sorbique, un conservateur, dont le nom INCI est "Sorbic acid".
Et si cet acide sorbique est sous forme de sel, par exemple de potassium, il prendra le suffixe "ate" et son nom deviendra "Potassium sorbate" (conservateur fréquemment utilisé en cosmétique bio).
Il faut reconnaître que cet exemple fait partie des plus simples. Certains noms chimiques sont beaucoup plus complexes et "parlent" très peu.
Quelques repères permettent tout de même d'identifier au moins des familles de substances :
• les suffixes –icone ou –siloxane trahissent les silicones, composés synthétiques très peu biodégradables,
• les initiales PEG ou PPG ainsi que le suffixe –eth marquent des composants éthoxylés, au processus de fabrication polluant,
• les termes Quaternium ou Polyquaternium, et les suffixes  –monium, –dimonium, –trimonium révèlent la présence d'ammonium quaternaires, peu biodégradables et irritants cutanés…

Et pour aller plus loin, vous trouvez dans l'onglet Ingrédients plus de 4 000 ingrédients répertoriés, avec la traduction de leur nom en français et leurs principales fonctions cosmétiques.

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