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11 SEPTEMBRE 2017 Comptes-rendus Congrès

Peau reconstruite : nouvelle voie pour les tests cosmétiques ?

Déjà interdits par le Règlement européen dans le secteur cosmétique, les tests sur les animaux sont de plus en plus décriés et sont souvent critiqués par l’opinion publique. Alors qu’abandonner ces protocoles afin de basculer vers des méthodes d’expérimentation plus éthiques peut s’avérer parfois compliqué et coûteux, le premier Symposium Inexo s’est tenu le 7 juillet dernier à Montpellier afin de présenter les avancées scientifiques en termes d’alternatives à l’utilisation d’animaux.

Christian Pellevoisin, chercheur chez Episkin, a présenté le travail de cette société filiale de L'Oréal, qui produit depuis 25 ans des épithéliums reconstruits de façon industrielle.

La peau, un organe pas comme les autres

Selon Christian Pellevoisin, si Espikin est un centre de recherche qui se démarque, c'est parce qu'il travaille sur un organe exceptionnel : la peau. Il la caractérise comme une interface "entre le soi et le non-soi". Il ajoute que "c'est un organe vital pour l'organisme, particulièrement avec sa fonction barrière. Pour autant, la peau est extrêmement complexe. Organe le plus gros du corps humain de par sa grande étendue, sa composition est très riche. Quand on regarde sa constitution sur un centimètre carré, on trouve des follicules pileux, des glandes sudoripares et un système sensoriel qui est très développé".

Pour reconstruire des tissus, Christian Pellevoisin explique qu'il "est nécessaire d'utiliser des cellules primaires, éviter les lignées cellulaires, en particulier pour les tissus reconstruits. Il faut être extrêmement proche des conditions homéostasiques du corps humain". Le laboratoire Episkin a des accords avec des hôpitaux qui lui donnent accès à des explants de peaux provenant de chirurgie plastique, abdominale, mammaire ou encore de circoncision du prépuce pour certains modèles.

Pour créer des tissus, Christian Pellevoisin détaille "devoir isoler les cellules altérées comme les kéranotinocytes, mélanocytes et fibroblastes. Nous avons développé des approches sur des supports artificiels qui peuvent être du collagène ou des inserts de polycarbonate sur lesquels nous allons ensemencer des kéranotinocytes. Quelques jours plus tard, on va avoir un épiderme qui se reconstruit. D'autres modèles permettent aussi d'avoir un derme vivant en utilisant un gel de collagène. Après avoir placé des fibroblastes, il va y avoir naturellement une polymérisation du collagène qui va enserrer les fibroblastes et reconstruire un derme. Episkin produit toutes sortes de tissus : de la cornée, des tissus oraux, gingivaux, des épidermes ou encore des modèles vaginaux".

Episkin n'est pas le seul laboratoire à utiliser des tissus reconstruits mais la plupart d'entre eux les fabriquent de façon artisanale, en petites séries. Episkin se distingue de ces centres en étant focalisé sur la production industrielle.

Selon Christian Pellevoisin "à partir du moment où vous rentrez dans une application régulière de ces modèles, en particulier en toxicologie ou en screening d'efficacité, vous devez pouvoir produire des milliers de tissus toutes les semaines pour arriver à donner accès, aux industries et aux laboratoires universitaires, à des tissus hautement reproductibles. Néanmoins, cette démarche requiert beaucoup de contrôles qualité puisque nous sommes dans un environnement biologique très variable".

Utilité d'un tissu reconstruit

Depuis l'abandon des tests réalisés sur les animaux, l'utilisation de ces tissus s'est peu à peu démocratisée dans l'industrie cosmétique. Ils peuvent être utilisés en screening, dans le process de développement de nouveaux actifs, de nouveaux ingrédients, en recherche fondamentale, sur la connaissance de la peau, le vieillissement cutané, la différence entre les peaux africaines, les peaux asiatiques et européennes ou encore pour mieux comprendre les effets des UV sur la peau.

La toxicologie réglementaire est un autre champ d'application de ces modèles. À ce sujet, Christophe Pellevoisin évoque le fait que "dans l'industrie cosmétique, puisque l'utilisation de l'animal est totalement proscrite, l'utilisation de tissus 3D humains présente de nombreux avantages étant donné que l'on obtient des résultats extrapolables à l'homme, ce qui n'est pas toujours le cas avec des animaux. Grâce aux tissus de peaux reconstruites, on essaye de mimer ce qui se passe en réalité, nous ne sommes plus dans le hasard ou le danger intrinsèque à la molécule mais dans l'utilisation quotidienne d'un produit cosmétique."

Les modèles auto-construits de type humain sont des outils puissants. Ils permettent une infinité de combinaisons et peuvent être aussi bien utilisés dans des protocoles de tests d'efficacité que pour assurer la sécurité d'un produit. Peut-être s'imposeront-ils, plus tard, comme les modèles de référence dans le secteur de la recherche.

JS

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