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Le coin des allergiques

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Allergies aux cosmétiques - Compte-rendu des Journées Dermatologiques de Paris

© L’Observatoire des Cosmétiques

Troisième partie : Les allergies aux crèmes solaires

La crème solaire n'est pas un cosmétique comme les autres. Aux USA, elle est même considérée comme un médicament.

Les crèmes solaires sont de plus en plus utilisées du fait des campagnes de protection solaire visant à la prévention du vieillissement cutané et des cancers photo-induits. Parallèlement, la fréquence des réactions allergiques à leur contact est sans doute sous-estimée.

Les actifs de la protection solaire

La protection anti-UV peut être obtenue par différents types de substances :

  • Un écran organique très peu allergisant comme leTinosorb M, qui forme un maillage de grosses molécules à la surface de la peau, avec un spectre large (280 à 400 nm). Le nom INCI du Tinosorb M : Methylene bis-benzotriazolyl tetramethyl butylphenol.
  • Un écran minéral non allergisant comme le dioxyde de titane (TiO2) ou l'oxyde de zinc (ZnO). À noter que la micronisation des écrans minéraux les rend moins visibles, moins blancs sur la peau. La nanomérisation les rend encore plus discrets mais comportent beaucoup d'inconnues, notamment sur le comportement de ces molécules extrêmement petites et leur potentiel effet toxique sur l'organisme.
  • Un filtre chimique. Les filtres chimiques sont par définition photoréactifs (ils se transforment sous l'effet de la lumière). Ils peuvent être allergisants et photoallergisants. Certains peuvent être utilisés utilisés pour stabiliser les autres.

Les photoallergies sont difficilement identifiables. Lors des tests, il faut exposer la crème apportée par le patient aux UVA (en cabine), sous peine de «faux-négatif».
L'allergie est en général directe mais peut se produire par procuration (par contact avec la personne qui a mis la crème). Certaines se traduisent uniquement sous forme d'œdème aigu et intense.
L'excipient des crèmes solaires, comme dans tout cosmétique, peut aussi être à l'origine d'eczéma de contact. Il peut s'agir des parfums, des conservateurs, des tensioactifs, ou d'agents plus spécifiques comme les filmogènes qui augmentent la résistance à l'eau, tel le PVP eicosène copolymer pour lequel quelques cas d'allergie ont été rapportés.

L'évolution des allergies aux filtres solaires

Les allergies aux filtres solaires ont évolué par périodes « épidémiques » depuis les débuts de leur commercialisation. Par ordre d'émergence :

  • Le PABA. Utilisé depuis 1947, il agit principalement en protecteur anti-UVB. Il est responsable d'allergies, et notamment d'allergie croisée avec les colorants vestimentaires ou la PPD. À noter que le PABA sera totalement interdit d'utilisation cosmétique à partir du 8 octobre 2009, par décision d'une directive européenne en date du 18 décembre.
  • La benzophénone 3 (Oxybenzone). Utilisée depuis les années 70, elle agit aussi bien sur les UVB que les UVA courts. Elle est fréquemment employée pour la protection UV des textiles, peintures, caoutchoucs. Elle est à l'origine de réactions allergiques immédiates et retardées, ainsi que d'allergie croisée avec le kétoprofène.
  • L'isopropyldibenzoylméthane. Connu depuis 1985. Il est très allergisant et photoallergisant.
  • L'octocrylène (OC). Connu depuis 2003 et apparenté à la famille des cinnamates, de plus en plus utilisé depuis 10 ans, il était jusqu'alors considéré comme bien toléré. Mais depuis l'année dernière, une série de cas de photoallergies a été rapportée à son sujet. Est-ce une nouvelle épidémie ? Fait curieux et non encore élucidé, une photoallergie à l'octocrylène est retrouvée avec une très grande fréquence chez les patients ayant présenté une photoallergie au kétoprofène (KP). Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette double allergie. Mais quoiqu'il en soit, il est indispensable de déconseiller l'utilisation de crèmes solaires contenant de l'OC pour la photoprotection des personnes ayant un antécédent de photoallergie au KP.

À noter que les filtres solaires sont aussi utilisés dans d'autres cosmétiques que les crèmes solaires, comme les produits anti-vieillissement, les rouges à lèvres, les protecteurs pour cheveux, et même les textiles, ce qui peut constituer une autre source de dermites de contact. Interrogatoire « policier » et tests avec les produits utilisés par le patient restent les clés du diagnostic du dermatologue.

Dr Marie-Pierre Hill-Sylvestre


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