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8 NOVEMBRE 2016 L'ingrédient du mois

De l'alcool en cosmétique…

© CosmeticOBS-L'Observatoire des Cosmétiques

On le considère généralement comme convivial et festif lorsqu’il se présente sous forme de boisson (sous réserve de le consommer avec modération, évidemment). L’alcool peut-il garder la même image lorsqu’il devient ingrédient cosmétique ? C’est à voir… Et même s’il est très utilisé, sa présence dans nos produits d’hygiène et de beauté, surtout s’ils sont quotidiens, mérite d’être considérée à la lumière de quelques données, tant sur ses avantages que sur ses inconvénients.

CH₃-CH₂-OH. Derrière cette formule chimique, l'éthanol, ou alcool éthylique, plus communément désigné sous le simple terme d'alcool.
C'est un alcool primaire, obtenu soit par fermentation de végétaux riches en sucres (fruits, céréales, canne à sucre…), soit par distillation. Il peut donc être qualifié de "naturel", voire durable puisqu'il est agro-sourcé et obtenu par des procédés "verts" (extraction, fermentation et distillation pour la betterave, extraction, hydrolyse, fermentation et distillation pour les céréales comme le blé ou le maïs) et même être issu de l'agriculture biologique.

Incolore et volatil, il entre évidemment dans la composition des boissons alcoolisées (vin, bière, apéritifs, liqueurs…), mais aussi dans celle de très nombreux produits cosmétiques, où il fait figure de matière première aux multiples applications… en plus d'être très bon marché.

De l'alcool à gogo !

C'est d'abord, bien sûr, un incontournable de la parfumerie, présent à hauteur de 70 à 95 % dans les flacons des parfums. Il a la propriété de solubiliser le concentré parfumé, constitué de composants lipophiles solubles dans l’alcool, est transparent, facilement sprayable et, du fait de sa volatilité, s'évapore après l'application pour ne laisser que le concentré parfumé sur la peau.

L'alcool actif cosmétique

Dans les formules des soins cosmétiques, qui peuvent en contenir de 0 à 20 %, il peut remplir diverses fonctions :
• agent rafraîchissant, par exemple dans les produits pour jambes lourdes,
• agent de texture, pour apporter de la légèreté dans les formules, comme c'est le cas dans les produits solaires fluides ou en aérosols,
• solubilisant des filtres solaires qui sont des ingrédients lipophiles ou d'autres actifs comme la caféine des produits amincissants,
• agent "distributeur" du fait de sa volatilité, il permet la répartition homogène des agents fixants des gels coiffants sur les cheveux avant de s'évaporer rapidement pour les laisser agir sur la fibre capillaire,
• agent bactériostatique qui aide à la conservation de la formule, notamment quand on veut limiter le recours aux conservateurs "officiels"…

L'alcool source d'ingrédients cosmétiques

L'éthanol est aussi très utilisé pour l'extraction de principes actifs. De polarité moyenne, c'est un solvant fluide très efficace et pratique d'utilisation, puisqu'il reste liquide dans les conditions normales de pression et de température, permettant la solubilisation de compositions naturelles ou synthétiques, interagissant très peu avec les autres actifs présents dans la formule et qui peut intervenir seul ou en association avec d'autres co-solvants :
• seul, par exemple pour l'extrait de vigne rouge EtOH96 riche en polyphénols,
• en mélange avec de l'eau pour des extraits pharmacopées tels que l'extrait d'Hamamélis EtOH45, riche en tanins,
• en mélange avec l'eau et la glycérine, pour remplacer les extractions aux glycols, notamment pour les actifs certifiés bio,
• en co-solvant de l'extraction au CO2 supercritique, pour permettre d'extraire plus de molécules polaires que le CO2sc seul,
• en solvant de purification, par exemple pour la précipitation de polysaccharides ou la purification par cristallisation de la rutine…

Attention à la gueule de bois

Vu sous le seul angle de ses propriétés, l’alcool, substance par ailleurs de consommation courante, paraît bien engageant. Mais toute médaille a son revers, et on ne manque pas non plus de contre-indications à son emploi régulier.

En surface

La peau peut la première souffrir quelque peu de contacts répétés avec de bonnes doses d'alcool… même s'il peut être utilisé à dessein pour les soins des peaux grasses pour ses effets astringents. Son potentiel irritant (sensations de brûlures, picotements, apparition de rougeurs...) et son caractère asséchant font déconseiller son utilisation trop systématique, et notamment sur des épidermes déshydratés et/ou sensibles.

En la matière évidemment, ses effets indésirables éventuels peuvent considérablement varier selon le pourcentage d'alcool mis en œuvre dans le produit… La présence d'ingrédients apaisants et hydratants dans la formule peut aussi les contrebalancer, en partie ou totalement…

Mais quoi qu'il en soit, l'alcool semble particulièrement incompatible avec la peau d'un bébé, plus fine et délicate que celle d'un adulte, plus facilement irritable et sujette à la déshydratation… et ce d'autant plus qu'étant également plus perméable, elle permet à l'alcool de pénétrer plus facilement et en proportions relativement plus importantes à l'intérieur de l'organisme, jusqu'à pouvoir être responsable de troubles de type éthylique chez un nouveau-né !

Également photosensibilisant (pouvant induire une réaction épidermique en présence des rayons UV), il est à éviter, surtout s'il est présent en proportions importantes, pour tous les produits qui sont susceptibles d'être employés avant une exposition solaire. Car il peut alors être responsable de rougeurs, irritations et autres dermites…

En profondeur

Les dangers intrinsèques de l'alcool sont principalement avérés en cas de consommation orale excessive intervenant sur une longue durée. Il a alors des propriétés nettement moins engageantes que lorsqu'on en reste à ses fonctions cosmétiques :
• cancérogénicité : une ingestion prolongée supérieure à 50 g/jour sur une durée de 15 à 20 ans est associée à certains cancers (voies aéro-digestives supérieures, tumeurs colorectales), et, au-dessus de 10 g/jour (soit l'équivalent d'un verre de boisson alcoolisée), à une augmentation du risque de cancer du sein ;
• reprotoxicité : dès une consommation d'1 g/jour, il peut diminuer la fertilité masculine et s'accompagner d'une baisse de la libido ou d'une atrophie des testicules, perturber les cycles menstruels, provoquer, à partir de 10 g/jour, des anomalies congénitales multiples si l'intoxication intervient durant la grossesse (baisse du poids du bébé à la naissance, accouchement prématuré…), et avec 10 à 20 g/jour, des troubles du comportement et même de sévères anomalies du développement physique et psychologique de l'enfant ;
• hépatotoxicité : l'alcoolisme est aussi facteur d'accumulation des lipides dans le foie, pouvant évoluer en cirrhoses et tumeurs du foie ;
• neurotoxicité : elle peut être aiguë (désinhibition, puis somnolence) ou chronique avec l'apparition de pathologies périphériques et des atteintes du système nerveux central.
À ce titre, en 2007, l'alcool a été classé cancérogène de groupe I par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), mais seulement dans le cas de l'ingestion par voie orale de boissons alcoolisées.

Le risque alcoolique en cosmétique

Mais qu'en est-il des risques associés à un contact cutané répété à faibles doses... comme c'est le cas via les cosmétiques ?
Une étude conjointe de l'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) et de l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a été conduite à la fin de l'année 2008 pour déterminer s'il ne présenterait pas également un risque pour la santé, notamment en matière de reprotoxicité, lorsque des personnes (même adultes) y sont exposées par contact cutané et/ou par inhalation, à de faibles doses (comme c'est le cas lorsqu'il est présent dans les cosmétiques).

Selon l'industrie, si l'alcool est rapidement absorbé par voie orale, s'il passe facilement la barrière placentaire et peut arriver dans le lait maternel, son absorption cutanée est minime, de l'ordre de 1 %. Le risque systémique, c'est-à-dire la dose d'alcool qui pourrait arriver jusqu'au système sanguin suite à l'application sur la peau d'un produit même fortement alcoolisé, est donc négligeable.
L'absorption pulmonaire, elle, qui peut intervenir dans les cas des produits en sprays ou en aérosols, est plus importante, d'environ 60 %. Mais selon une étude menée par l'industrie cosmétique, pour l'inhalation, l'exposition à l'alcool par les cosmétiques se situe entre 7 à 70 fois en dessous de la valeur considérée comme sûre, 3,6 fois pour la reprotoxicité et 6,5 fois pour le risque de cancer du sein.

Conclusion : l'alcool cosmétique, en soi, ne représenterait pas de risque systémique pour l'ensemble des consommateurs.

Quelques effets connexes ?

Mais il faut tout de même souligner que si l'absorption cutanée de l'alcool lui-même est évaluée aux alentours de 1 %, ce qui est réellement minime, il est reconnu pour favoriser la pénétration transcutanée de certains ingrédients cosmétiques. Il y a des cas, c'est vrai, où cela peut être une partie de l'effet recherché sans poser de problème de santé majeur. Il y en a d'autres où cette propriété est nettement moins bienvenue…

Le cas de l'alcool dénaturé

Selon la réglementation européenne, Alcohol denat. est un alcool éthylique dénaturé par des agents justement dits dénaturants conformément à la législation, et ce dans le but de le rendre impropre à la consommation par voie orale.

L'évaluation de l'ingrédient final dépend dans ce cas évidemment beaucoup de la nature des dénaturants mis en œuvre pour ce faire. On trouve en effet dans cette catégorie de composés aussi bien (par exemple) de l'acétone que du menthol ou des phtalates (particulièrement le DEP ou Diethyl phtalate), substances aux propriétés et risques associés assez différents.
Et, la réglementation ne l'exigeant pas, on ne trouve jamais cette information sur les étiquettes... 

Les choses vont évoluer sur ce point à partir du 1er août 2017. L'Europe a en effet adopté un règlement (n° 2016/1867) le 20 octobre 2016 qui institue un procédé de dénaturation de l'alcool commun et unique, de même qu'il supprime tous les procédés de dénaturation nationaux. Dorénavant, le seul procédé de dénaturation qui pourra être utilisé dans tous les États membres pour l'alcool complètement dénaturé, sera l'ajout, pour un hectolitre d'éthanol absolu, de :
• 1,0 litre d'alcool isopropylique (AIP),
• 1,0 litre de méthyléthylcétone (MEK),
• 1,0 gramme de benzoate de dénatonium.

La bonne conduite face à l’alcool

Au final, quelle peut être la stratégie à adopter face à la présence d'alcool dans un cosmétique ?
On a bien compris que certains produits n'existeraient pas sans lui, mais… tout comme à l'heure de l'apéritif, la modération est de mise.

En résumé, si alcool il y a, c'est mieux si c'est peu et pas tous les jours.
Et il est préférable qu'il n'y en ait pas du tout pour les bébés, les peaux sensibles et réactives ou à tendance sèche.

Attention tout de même si vous voulez vous inscrire à la ligue antialcoolique, tous les "alcohol" des listes d'ingrédients (comme les Benzyl alcohol, Behenyl alcohol, Cetearyl alcohol et tant d'autres…) ne sont pas cet éthanol, qui n'est désigné que sous les termes INCI de Alcohol ou Alcohol denat.

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