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C’est la 3e édition française revue et actualisée de l’ouvrage de Rita Stiens aux éditions Leduc.s. Les deux précédentes publiées en 2005 et 2008 ainsi que celle de 2006 dédiée aux cosmétiques naturels avaient propulsé la journaliste allemande comme l’une des porte-paroles de la cosmétique bio versus la cosmétique conventionnelle.
Première à s'interroger sur la composition des cosmétiques dès 1998 avec son premier livre en allemand (Kursbuch Kosmetik, éditions Südwest), Rita Stiens a ouvert une brèche en France en pointant du doigt les ingrédients controversés de nos pots de crème. Au même moment, l'actualité nationale médiatisait les parabens (émission d'Envoyé Spécial sur France 2 en mars 2005) et le consommateur prenait conscience des dangers toxicologiques de certains ingrédients cosmétiques.
7 ans après, le marché des cosmétiques a explosé, ses réseaux de distribution se sont multipliés, notamment Internet, et de nouveaux labels bio sont apparus en Europe. L'édition 2012 de cet ouvrage a donc le mérite de déplorer l'absence fréquente des listes INCI lors des ventes sur Internet, de dénoncer aussi les récupérations beauté de l'industrie agro-alimentaire (la "Beauty Food"), de mettre en garde contre le Greenwashing (qui, même si aucun exemple n'est cité, et c'est dommage, touche aussi la cosmétique bio)… Mais ce que l'on retiendra surtout, c'est le décryptage qu'opère Rita Stiens de la cosmétique naturelle et bio, ses logos et ses certifications actuelles. Avec à l'appui un tableau comparatif des conservateurs autorisés par les labels bio nationaux et européens, suivi d'exemples de produits bio passés au crible des différentes certifications.
Si la journaliste allemande ne déroge pas de son parti pris anti-cosmétique conventionnel (les groupes de dermo-cosmétique et la grande distribution sont particulièrement critiqués), elle n'épargne pas non plus, et parfois avec raison, la cosmétique bio française. Les huiles estérifiées présentes dans certains produits bio de l'hexagone ou le cahier des charges d’Ecocert, jugé trop laxiste dans sa prise en compte de l'eau par le biais des eaux florales, sont épinglés.
Si on est souvent d'accord sur les principaux composants à éviter (et sur sa position "modérée" au sujet des parabènes), on reste surpris que certains ingrédients soumis à la controverse ne soient malheureusement peu ou pas critiqués et détaillés. Est-ce parce qu'ils sont privilégiés dans la cosmétique allemande dont ils "signent" les formulations ? Ainsi en va-t-il de l’alcool, un asséchant cutané non recommandé aux bébés ou peaux sensibles et déshydratées, jugé non-desséchant par l'auteur qui lui attribue 3 émoticônes positives dans son lexique des ingrédients en annexe. Est-ce une notation favorable en soutien aux professionnels du bio, mais au détriment du consommateur ? Cet ingrédient est l'un des composants de base du système de conservation de la "première" cosmétique naturelle et bio, et particulièrement celle d'outre-Rhin… Le critiquer serait remettre en cause les fondements d'une philosophie cosmétique. Pas si simple.
On regrettera aussi l'évitement du débat autour de l'alum potassium, un composé d'aluminium appelé pierre d'alun, lui aussi gratifié de 3 smileys positifs. Présenté comme moins nocif que les sels d'aluminium synthétiques par les formulateurs du bio, ce qui est démenti par nombre de scientifiques, il imposerait plus de prudence de la part d'une spécialiste de la santé cosmétique. Mais il est vrai qu'il est spécialement et très utilisé comme agent antitranspirant dans les déodorants labellisés bio...
On peut déplorer que le parti pris de Rita Stiens soit trop souvent celui du vert contre le conventionnel, sans vraiment d'exceptions.
Un parti pris peut-être trop réducteur. Car il est trop simple de donner à juger une marque au travers d'un seul produit (listes verte, orange et rouge). Trop simple et trop systématique. Comme il serait sûrement trop simpliste alors de réduire Rita Stiens à l'influence de son conseiller scientifique Heinz-Jürgen Weiland. Qui n'est autre que le responsable Recherche & Développement du groupe Logocos (marques Logona, SANTE, Neobio, Aquabio…), président du BDIH, la certification allemande concurrente de la française Cosmebio, cofondateur et membre du Conseil d'administration de Natrue…
Trop simple pour des lecteurs et consommateurs en recherche d'informations les plus objectives et indépendantes de tout lobby. Et dommage pour le débat autour d'une meilleure cosmétique pour tous.
HLH
Disponible en librairies et sur Internet
• La vérité sur les cosmétiques, Rita Stiens, éditions Leduc.s (2012, 3e édition), 432 p., 23,50 €.
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