18 FEVRIER 2012 | Bien choisir ses cosmétiquesPierre d’alun : les mêmes risques que les sels d’aluminium !
À l’heure où de plus en plus de consommateurs cherchent des alternatives aux sels d’aluminium qui font l’efficacité des déodorants antitranspirants, beaucoup se tournent vers les solutions naturelles, et particulièrement vers la pierre d’alun. Attention, mettent en garde plusieurs scientifiques : ce n'est pas parce que la pierre d’alun (sel double d’aluminium et de potassium) est une substance naturelle qu'elle ne possède pas les propriétés des sels d'aluminium utilisés en cosmétique. Explications.
Vos commentaires et réactions
Par Le chainon manquant Le 26 FEVRIER 2012
Les choses paraissent toujours plus évidente quand elles sont dites ! Que l'Alun soit soupçonné avoir la même nocivité , si vraiment elle existe, pour l'homme que les sel aluminium chlorhydrate est une évidence pour qui observe les structures moléculaires de ces éléments.
On est typiquement dans l'orientation marketing du 'naturel c'est mieux'. Et la réponse à la question 'que va-t-on utiliser en remplacement ?' sera intéressante.
Apres avoir mise en cause l'alcool (pour de mauvaises raisons) , la réponse à été le slogan marketing 'ne contient pas d'alcool' grace à l'emploi des aluminium chlorhydrate.
Et maintenant ces sels d'aluminium sont déclarés nocifs?? Ces ingrédients étaient utilisés depuis plus de trente ans au US et en UK pendant que la majorité des pays européens utilisaient le Trichlosan + l'alcool.
Le consommateur a des raisons d'être perdu au milieu de ces stratégies marketing fluctuantes.
Heureusement il reste un tas d'ingrédient tel que le triethyle citrate, le carbonate de Zinc, le grillocin. Sans compter les molecules en reserve chez les grands groupes d'actifs cosmétiques dont on a aucun retour d'experience sur le long terme.
Il faut toujours se souvenir que c'est la dose qui fait le poison.
Une derniere remarque: A t-on vainement besoin de produit déodorant actif pendant 24h voire 48 h ?
Il serait intéressant d'avoir des prises de position de responsablesde marque pour orienter les consommateurs.
Par greenallways Le 2 MARS 2012
Tout est question de mesure mais aussi de bien comprendre et d'interprêter les données scientifiques. Je vous saurais donc gré de me communiquer où puis-je trouver le texte original du Pr. Roger Deloncle, cela pour comprendre si l'erreur grave qu'on retrouve dans votre texte ressort du texte original ou si c'est une erreur d'interprétation de votre rédaction. Je m'explique. Vous dites : "la sueur est plus acide que le bouchon (pH compris entre 3,8 et 6,5) et contient des ions lactate, ce qui va entraîner une dissolution partielle du bouchon d'hydroxyde Al(OH)3, par formation entre autres de lactate d'aluminium qui est un complexe d'aluminium soluble", fin de la citation.
Tout chimiste, droguiste ou pharmacien comprenant la notion de "pH" vous dira qu'un liquide dont le pH est compris entre 3,8 et 6,5 ne peut pas dissoudre un bouchon insoluble à pH de 3 jusqu'à 11.
Dès lors, les conclusions du Pr Roger Deloncle sont fausses ou alors une erreur s'est glissée au moment où votre rédacteur a repris le texte du Pr. Roger Deloncle. En retrouvant la source on pourra se rendre compte qui a fait l'erreur et votre rédaction décidera si il convient d'en faire mention.
Par L_equipe_de_ L_Observatoire_des_Cosmetiques Le 5 MARS 2012
La réponse du Pr Roger Deloncle Suite aux différents messages et commentaires des internautes, nous avons joint le Pr Deloncle qui apporte cette précision : "Les complexes sont bien connus pour permettre entre autre de solubiliser des précipités. Ce n'est pas l'acidité de la sueur qui est responsable de la redissolution du bouchon d'hydroxyde d'aluminium mais la présence d'ions lactate dans la sueur qui va entraîner la solubilisation sous forme de lactate d'aluminium (ce sel fait d'ailleurs partie intégrante d'une spécialité pharmaceutique anti- transpirante parfaitement soluble : l' ETIAXIL*)". Précision que nous avons réinsérée dans son texte ce jour. Cordialement, l'équipe de L'Observatoire des Cosmétiques
Par greenallways Le 17 AVRIL 2012
Innocuité de la pierre d'alun Donc selon le Pr. Deloncle, les ions lactate auraient la capacité de dissoudre le bouchon d'hydroxyde d'aluminium. Permettez-moi d'affirmer que cela est chimiquement impossible car il faudrait un pH d'au moins 3 pour que les ions lactates réussissent à dissoudre même partiellement l'hydroxyde d'aluminium, or la sueur a un pH bien trop élevé. L'hydroxyde d'aluminium est un composé qui ne peut se dissoudre que dans un milieu beaucoup plus acide que celui de la sueur. Dès lors, on ne peut que conclure à l'innocuité de la pierre d'alun en application déodorante.
Par L_equipe_de_ L_Observatoire_des_Cosmetiques Le 23 AVRIL 2012
La réponse du Pr Roger Deloncle Voici la réponse à greenallways (17 avril) que le Pr Roger Deloncle a fait parvenir à L'Observatoire des Cosmétiques :
"Le risque de solubilisation sous forme de lactate de l’hydroxyde d’aluminium qui s’est déposé au niveau des pores suite à l’utilisation d’antitranspirants ne résulte pas d’une simple solubilisation en fonction du pH.
La chimie de l’aluminium est beaucoup plus compliquée qu’une simple réaction acide-base puisqu’il s’agit ici de la formation d’un complexe métallique.
En effet, l’ion aluminium Al 3+ est un "acide dur" selon le concept de Pearson et de ce fait, il est susceptible de se lier très fortement à des groupements très fortement donneurs d’électrons comme des groupements contenant des atomes d’oxygène ou d’azote. C’est le cas en particulier de la fonction acide carboxylique -COOH ou de la fonction amine -NH2. Pour cette raison, l’ion aluminium Al 3+ donne facilement des complexes avec les acides aminés et les "acides alcools". Parmi les "acides alcools", on s’intéressera ici en particulier à l’acide lactique CH3-CHOH-COOH qui est un acide alpha-alcool. Cet acide lactique est capable de complexer l’aluminium pour donner un sel complexe répondant à la formule Al [CH3-CHOH-COO]3 . Ce sel complexe existe à l’état solide. Sa solubilité dans l’eau est de 17 grammes par litre.
En matière de solubilisation du lactate d’aluminium, une étude réalisée par l’équipe d’Alfrey A.C., (celui qui avait mis en évidence les encéphalopathies aluminiques chez les hémodialysés) a étudié l’influence de la solubilité de différents sels d’aluminium sur l’absorption de ce métal chez le rat (Froment DH & al., J. Lab. Clin. Med. 1989, 114(3) 237-242). Cette étude montre en particulier qu’à pH 3, plus de 25 % du lactate d’aluminium est retrouvé sous forme soluble et qu’à pH 6 ce taux atteint même 33 %.
Le scénario consécutif à l’application de pierre d’alun (qu’elle soit naturelle ou de synthèse) sur une peau humidifiée ou mouillée sera donc le suivant :
les aluns mis en présence d'eau (comme sur une peau humide), vont se dissoudre et libérer en solution tous les différents ions qui les composent, à savoir en ce qui concerne la pierre d'alun naturelle, des ions aluminium Al3+, des ions potassium K+ et des ions sulfate SO4--.
La sueur est constituée principalement d'eau, de quelques minéraux, de lactate et d'urée. Le pH de la sueur est légèrement acide et varie de 3,8 à 6,5.
Les ions Al3+, provenant de la dissolution de la pierre d’alun, compte tenu de ce pH pas assez acide pour les maintenir à l’état de Al3+, vont alors subir une hydrolyse et précipiter à l'état d'hydroxyde d'aluminium Al(OH)3 (insoluble entre pH 3 et pH 11). Pour un pH inférieur à pH 3 (milieu acide), l'hydroxyde d'aluminium se solubilise à l'état de cation Al3+ et pour des pH supérieurs à pH 11 (milieu alcalin), il se solubilise sous forme d’anion aluminate [Al(OH)4]-. On dit que l'hydroxyde d'aluminium présente un caractère amphotère : il se comporte comme une base en milieu acide et comme un acide en milieu basique.
Un bouchon d’hydroxyde d’aluminium Al(OH)3 s’est donc formé et obture les pores sudoripares. La sécrétion de sueur s’accompagne en continu d’un apport en anions lactate. Ces ions lactate vont alors être capables de dissoudre partiellement le bouchon d’hydroxyde d’aluminium pour former le complexe lactate d’aluminium qui est soluble au pH de la sueur (3,8 à 6,5) comme il découle de l’étude ci-dessus évoquée conduite par Alfrey AC en 1989."
Cordialement, l'équipe de L'Observatoire des Cosmétiques
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